
Cahier n°14
Rock & Politique
L'impossible cohabitation
par
Julien Demets
préface de Jean-Paul Huchon
Président du Conseil régional d'Île-de-France
illustration de Hervé Bourhis
Présentation
Si
le rock a un rapport avec la politique ? Allez donc poser la question
aux prisonniers de Guantanamo, d’Irak ou d’Afghanistan,
eux que leurs geôliers soumettaient à l’écoute
ininterrompue – volume poussé au maximum – des
chansons les plus violentes d’AC/DC, Metallica, Aerosmith ou
Nine Inch Nails. Heureusement, l’utilisation du rock à
des fins politiques ne se résume pas aux pratiques tortionnaires
de soldats américains. Depuis les années 1960 jusqu’en
ce début de XXIe siècle, de la guerre du Vietnam à
l’accession de Barack Obama à la Maison Blanche, les
rockers ont exprimé, en mots et en musique, leurs points de
vue sur les grands problèmes du monde et les difficultés
du quotidien. Mais entre Give Peace a Chance du Plastic Ono Band,
enregistré en 1969, et les deux compilations Rock Against Bush
parues en 2004, l’implication des musiciens est-elle restée
la même ? Pas tout à fait. Les années 2000 ont
même fait apparaître une nouvelle race de rockers-diplomates
(Bono de U2 ou Damon Albarn de Blur/Gorillaz) dont les objectifs,
le discours et la méthode ont pris à contre-pied toutes
les règles traditionnelles de l’engagement rock. Au point
de le trahir ? La question mérite d’être posée.
Car le rock engagé est une gageure, l’union improbable
d’une musique frivole et d’une pensée idéologique
rigoureuse, d’un mouvement qui libère et ébranle
et d’un autre qui règlemente et construit. Alors, de
quelle façon aborder le sujet ? Dans les actes ou dans les
textes ? De manière systématique ou ponctuelle ? Et
pour quels résultats ? De bonnes chansons, un monde meilleur
pour nos enfants ? Quoiqu’il en soit, le rock a depuis longtemps
dépassé le simple cadre du divertissement pour pénétrer
en profondeur celui de la Cité, de ses usages. Au point même
d’en initier certaines (r)évolutions (sexuelle, raciale…),
conduisant ainsi au fléchissement d’un conservatisme
moral, religieux et politique séculaire. Alors oui, le rock,
incontestablement, a joué un rôle politique.
Ancien
journaliste au site Evene, Julien Demets est l’auteur
de nombreux articles sur l’engagement des rockers, du charity
business au sticker "Explicit Lyrics" en passant
par le mouvement anti-Bush.
216
pages - paru le 13 juin 2011

Le
Mot de l'Auteur
«
Ces derniers mois, à chaque personne qui me demandait sur quoi
portait le livre que j’étais en train d’écrire,
je répondais : "Le rock et la politique". S’ensuivaient
généralement deux yeux écarquillés et
des lèvres légèrement desserrées voulant
dire : "Mon cochon, t’as du boulot !" Alors que non.
Pour moi, écrire ce livre, c’était écrire
autour d’une absence. Des groupes engagés, dans le rock,
il y en a un sur dix, ce genre musical privilégiant traditionnellement
les riffs de guitare et le défoulement plutôt que le
temps de parole et la réflexion. Mais la réaction de
mes interlocuteurs m’avait permis de constater combien cette
musique "rebelle" charriait de mythes. Woodstock n’a
eu lieu qu’une fois mais sa portée et son aura dépassent
de loin celles de n’importe quelle autre manifestation politique
ou culturelle du XXe siècle.
Pour rédiger cet ouvrage, il me fallait
donc passer derrière les images légendaires. Éviter
la commémoration, le simple catalogue des "grands moments",
pour mieux comprendre les raisons, les mécanismes et l’impact
du rock politique. L’avantage, c’est que j’éprouve
une passion équivalente pour le rap ou la chanson française.
Cela m’a permis, je l’espère, de faire ressortir
les spécificités propres à l’engagement
des rockers, sans y inclure de constats applicables à tout
autre style musical.
Le second avantage, c’est que le rock,
je peux vivre sans. Je n’ai pas besoin d’y croire. Alors,
à mes yeux, rien n’y est sacré. Woodstock et les
années 1960 ne me font pas rêver et je bondis chaque
fois que j’entends les héritiers autoproclamés
du mouvement punk affirmer que celui-ci voulait "changer la société",
ce qui me semble une absurdité totale. Bref, je n’ai
pas écrit L’impossible cohabitation comme un
fan transi mais comme un enquêteur qui, une fois rassemblées
les pièces à conviction, et après avoir consulté
un maximum de coupures de presse, finit par donner sa propre version
des faits. Bien entendu, elle n’a pas vocation à faire
autorité : les lecteurs y prendront ce qu’ils veulent,
à la carte. La fameuse carte des lecteurs.»
Julien Demets
Revue
de presse
de
"Rock
& Politique"
Contact
presse : Hugues Barrière - contact @ adlivre.com –
06 86 66 27 57


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9 janvier
2012


Pourquoi
parler maintenant d’un livre paru en juin 2011 ? Parce
que ce livre constitue une excellente idée-cadeau.
Les courses de Noël, les vraies, c’est celles
qu’on fait après Noël. Après avoir
revendu sur un quelconque site Internet la bouillotte en
noyaux de cerises offerte par la tata bobo, le gros pull
en laine qui gratte « pour pas attraper froid »
acheté par votre maman, la chemise avec des petites
Stratocaster imprimées « parce que tu aimes
bien le rock », le CD de Ben l’Oncle Soupe,
etc. Donc, après avoir dûment refourgué
toutes ces horreurs, vous êtes en possession d’un
petit pactole, et vous allez faire vos courses de Noël.
C’est le moment de vous offrir un livre préfacé
par Jean-Paul Huchon, avec John Kerry et Bruce Springsteen
en couverture. Ca a drôlement plus de gueule que la
bouillotte en noyaux de cerises, avouez !
Contrairement aux « beaux livres » qui paraissent
à la pelle début décembre, coûtent
un bras et se contentent de compiler de vieux articles qu’on
a déjà lus qui causent de groupes (Rolling
Stones, Led Zep, Stooges…) sur lesquels tout a déjà
été écrit – bonjour les 25 ans
d’insurrection ! des Inrocks – l’ouvrage
de Julien Demets, Rock & Politique, a l’avantage
de développer un sujet intéressant, et de
le faire intelligemment. En plus, l’auteur connaît
le sens du mot « insurrection » ; c’est
certes de bon ton lorsque l’on écrit sur la
politique, mais c’est assez rare de nos jours pour
être souligné.
Tout,
tout, tout, vous saurez tout sur Bob Geldof *
Partant fort logiquement du rock’n’roll des
pionniers, Rock & Politique s’attaque aux multiples
façons dont la musique rock a eu des rapports, consentis
ou non, avec la politique. De la sexualité provocante
d’Elvis qui choquait tellement l’Amérique
de la Bible belt (c’est difficile à imaginer,
à notre époque où les parents accompagnent
leurs filles chez Noir Kennedy le samedi, mais il fut un
temps où le rock était la « musique
du diable ») au bracelet « Make Poverty History
» de Chris Martin (l’autre couillon de Coldplay),
en passant par les protest songs, Frank Zappa, Brian Eno
et le Live Aid, ce livre très complet offre une réflexion
fine sur le sujet.
lire
la suite (...)
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L'invité
Découvertes (Benjamin Petrover)
19 juillet 2011
écouter l'interview de J. Demets :
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Tous
les goûts sont permis (Eric Jean-Jean)
4 juillet 2011
écouter l'interview de J. Demets :
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18
juin 2011

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juin
2011
Écrire
une chanson engagée (de surcroît, une bonne
chanson engagée) est sans doute l'exercice le plus
difficile qui soit, dans quelque style que ce soit mais
encore davantage dans le rock : ce genre musical a engendré
un nombre incalculable de chansons à slogans d'une
bruyante pauvreté, comme s'il n'était pas
fait pour exprimer un discours politique. C'est d'ailleurs
un peu le cas, le rock ayant écrit son histoire à
coup d'images fortes, d'anecdotes légendaires, de
looks atroces ou novateurs, et surtout d'une sophistication
musicale qui contredit, a priori, la portée du discours
qui l'accompagne.
Pour autant, cela ne signifie pas que le rock ne peut être
conscient. Mais de quelle manière ? Dans les actes
ou dans ses textes ? De façon systématique
ou ponctuelle ? Pour quels résultats : de bonnes
chansons, un monde meilleur pour nos enfants ?
L'ambition de ce livre est non seulement d'offrir un panorama
des rapports entre rock et politique au cours des 60 dernières
années, de la façon dont l'un et l'autre se
conjuguent ou se tournent le dos, des conditions de leur
union, mais aussi de discuter la manière de le faire,
selon que le rock exige ou non - en l'occurrence, ce sera
oui - une forme particulière.
Loin d' un manifeste musicologique (et encore moins politique),
l'ouvrage se veut avant tout informatif, objectif et léger.
Mais il ne se gène par pour pointer du doigt les
excès dans lesquels les rockers ont parfois sombré
lorsqu'ils parlaient de politique, et n'hésite pas
à évoquer cette intégrité de
façade derrière laquelle campent certains
groupes engagés, condamnant par exemple, au nom de
la lutte contre le "système", toute formation
publiant ses disques sur une major, élaborant en
cela un art complexé, manichéen et, finalement,
bien moins libre qu'il n'y aspire.
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Sommaire
de
"Rock & Politique"
Préface
de Jean-Paul Huchon
Rock & politique par Hervé Bourhis
Introduction
I.
Rock et politique : la mésentente cordiale
1.
Le son de l’émancipation
2. Rebelle sans cause
3. L’exception française
II.
Grandes causes, petits effets
1.
Combats rock
2. L’art et la manière
3. Labels, médias, commerce inéquitable
4. Bilan : « The law won »
1.
Un premier rapprochement
2. Les rockers qui se prennent pour le Che ou Gandhi...
Épilogue
Annexes
Remerciements
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Lire
un extrait
de "Rock & Politique"
Rebelle sans cause
Le
21 décembre 1970, en pleine guerre du Vietnam, Elvis rend
visite au président Nixon. Posant à ses côtés,
clamant sa haine du communisme et des Beatles (qu’il accuse
d’être anti-américains), le King souhaite qu’on
lui attribue un poste d’agent fédéral au Bureau
des Narcotiques (la Brigade des Stup américaine) ! Un classement
des « dix rockers de droite » établi par le quotidien
anglais The Guardian en 2007 mentionne quant à lui
que Ian Curtis, chanteur de Joy Division, avait voté Thatcher
en 1979 et que le guitariste américain Ted Nugent avait dit
en 2005 à propos de l’Irak : « Notre erreur a
été de ne pas leur faire un second Nagasaki. »
Ira-t-on jusqu’à rappeler qu’Eric Clapton fut
un soutien de longue date d’un candidat du National Front
aujourd’hui décédé, Enoch Powell ? (Zut,
c’est fait.)
Bref,
un rocker conservateur, et même réactionnaire, cela
peut arriver. Déçus ?
Liberté individuelle
Le
rock’n’roll n’a jamais adopté d’autre
parti que celui de la jeunesse. Or, être jeune ne constitue
pas un positionnement politique. Le rock n’a donc pas de revendications
naturelles : son seul ennemi est l’ennui. Il semble avoir
été inventé pour tous les adolescents qui passent
leur dimanche après-midi devant les téléfilms
de M6. Son credo ? Sortir, s’amuser, se vautrer dans la luxure
et se faire entendre, même si on n’a rien à dire
! Mais en aucun cas réfléchir à des problèmes
de société. À la question de savoir si le rock
est un animal politique, disons donc qu’il est sans doute
plus animal que politique...
Quand il ne sert pas de
défoulement, c’est à l’imagination qu’il
fait appel. Pour vaincre l’ennui, il invente une réalité
plus exaltante. Son besoin d’absolu, ces bêtises de
garnements qu’on appellera « rock’n’roll
attitude » sont autant de remèdes au quotidien. Au
fond, les rockers ont-ils jamais raconté une autre histoire
que celle de Cendrillon échappant à sa morne existence
d’un coup de baguette magique ? Johnny B. Goode (Chuck
Berry) s’achève sur la promesse, pour le petit gars
de la campagne, d’avoir un jour « son nom dans la lumière
». Le Born to Run de Bruce Springsteen et la plupart
des chansons des Jam (To Be Someone), des Beach Boys (In
My Room) ou des Kinks racontent la même évasion,
parfois purement chimérique (dans Waterloo Sunset,
le narrateur « scrute le monde depuis sa fenêtre »).
On ne sait pas où aller, mais on veut au moins partir…
Les nombreux clans de
rockers (teddy boys, punks, gothiques, etc.) naissent d’une
volonté semblable d’échapper au conformisme
ambiant en créant un tissu social parallèle, défini
selon ses propres insignes esthétiques et vestimentaires.
Fondamentalement, le rock ne préconise donc aucun changement
au sein de la société. Si celle-ci lui déplaît,
plutôt que de lutter, il s’enfuit et crée la
sienne. Ce plein-pouvoir de l’imagination l’éloigne
d’autant plus de la politique, sujet terre-à-terre
et adulte par excellence. L’énorme écart entre
le nombre de chansons libidineuses et celui des manifestes dans
le répertoire rock atteste de la réticence des rockers
à aborder le sujet. Leur rôle est de transcender l’ennui,
pas d’y replonger tête la première : qui aurait
envie d’entendre AC/DC ou Roxy Music disserter des méfaits
de l’inflation ?
S’il
faut toutefois donner un sens politique au rock, rangeons-nous alors
du côté de John Street qui, dans son ouvrage Rebel
Rock, apparente la pop à la plus pure expression d’un
libéralisme ainsi défini : « Là ou le
socialisme et les conservateurs célèbrent le “nous”,
le libéralisme souligne le “moi”. » Le
pouvoir du rock n’est-il pas en effet d’offrir à
chacun le droit de s’extraire de la masse pour ne plus obéir
qu’à ses propres règles ? Traduit en Liam Gallagher,
cela donne « I need to be myyyseeeelf », braillé
en introduction du tube Supersonic d’Oasis (1994).
Trente ans plus tôt, Mick Jagger clamait à peu près
la même chose : « Je suis libre de faire ce que je veux
à chaque instant » (I’m Free, 1965).
Hélas, le monde réel, fade et étriqué,
reprend parfois le dessus. Et transforme « I’m free
» en « (I can’t get no) Satisfaction
». Renvoyé à sa propre frustration, le rock
offre alors un terrain privilégié à l’introspection,
que Joy Division, Smiths, Cure, Nirvana ou le rock gothique ont
sillonné de long en large.
Le salut est donc avant
tout individuel. L’émancipation « rock »
passe par la sublimation de soi (« Le rock’n’roll
est une arène dans laquelle tu te recrées toi-même
», disait Richard Hell ), pour laquelle les drogues constituent
très tôt un recours privilégié. Semblables
à des superhéros après leur transformation
(David Bowie devenant le flamboyant Ziggy Stardust), les rockers
indiquent eux-mêmes la voie à suivre. Voilà
d’ailleurs pourquoi ils stimulent une identification si forte
de leurs fans. Ce sont eux que l’auditeur prend pour modèle,
eux dont il collectionne les reliques, testant sans cesse la capacité
du rock’n’roll à changer en demi-dieu le dernier
des losers.
Parce
qu’il ne reconnaît que l’individu (« Do
it yourself » ), le rock n’est donc soluble dans aucun
système politique ou économique. Au contraire, rien
ne lui fait plus horreur que leur carcan lourd, lui dont l’œuvre
encourage surtout une sorte d’anarchie privée : «
Non pas l’anarchie selon sa conception populaire –
des types en manteau noir qui rôdent avec des bombes cachées
–, mais la liberté pour chaque homme d’être
personnellement responsable de lui-même », tel que
devait la décrire Mick Jagger en septembre 1967. Une société
rock ressemblerait donc moins à un peuple au service d’une
cause qu’à la cohabitation de monarques absolus dont
l’appétit sexuel serait la plus grande conquête.
Au fait, quel était le programme des White Panthers, ce
groupuscule dont le MC5 était la vitrine ? « Baise
et drogue en pleine rue ! »
Au-dessous de la ceinture,
au-dessus des partis.
© 2011,
Autour du livre.
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& Politique"
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compter de sa date de parution, le 6 juin 2011.

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216
pages - paru le 13 juin 2011
14
€
EAN: 978-2916560-236

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